Au détour du bazar de ma chambre, j’ai retrouvé, sur une K7, un album de Casse Pipe, je l’ai écoutée d’un trait. Au fil de l’écoute j’ai reconnu des mélodies et des paroles que je connaissais sans savoir d’où elles venaient : j’avais enfin retrouvé qui chantait la coco des enfants sages, foutu dimanche etc.. Toutes ces chansons étaient restées gravées dans un coin de ma mémoire, parce que je les avaient entendues entre 1993 et 1998, quand j’allais chez mon père un week-end sur deux. J’ai même vu Casse Pipe en concert quand j’avais sept ou huit ans. Plus tard, après quatre ou cinq écoutes de cet album « Chansons noires – Tome 1 », et l’appréciant de plus en plus, j’ai demandé à mon père de me parler de Casse Pipe, il m’a dit que le chanteur s’appelait Louis Pierre Guinard mais que le groupe était dissous.

J’ai alors chercher à savoir ce qu’était devenu Casse Pipe depuis le temps où je l’écoutais dans l’espèce de grange chaleureuse bien qu’en ruine qu’habitait mon père. J’ai cherché sur Internet, j’y ai lu des biographies, des discographies, des interviews de Louis Pierre Guinard, etc… : rien de postérieur à 2002. J’ai cherché à entrer en contact avec Louis Pierre : impossible de trouver le numéro. Un jour de la fin de l’année 2005, dans le bar Le Coquelicot, à Fougères, je rencontre Bernard Homerie. Lui, Patrick Diard et moi même discutons puis je parle de Casse Pipe et j’annonce mon désir d’en faire un papier pour l’Artobus: j’apprends alors qu’ils ont joué au Coquelicot et Patrick, consultant son calepin de numéros de téléphones (une véritable mine de références musicales) me trouve le contact de Casse Pipe. J’appelle alors Molène musique pour parler à Gabriel Haubert, lui expose mon projet et il me donne le contact de Louis Pierre Guinard. Je l’appelle, apprend qu’il habite à St Brieuc, qu’il s’est lancé dans une carrière solo depuis la fin de Casse Pipe en 2002. Ses dates et ses lieux de concerts ne concordant malheureusement pas avec mes disponibilités, nous nous fixons rendez-vous à St Brieuc, le 30 décembre 2005, pour l’interview. Ce jour-là, le temps est dégueulasse: pluies + grand froid = verglas. L’interview est prévue pour le numéro 9 de l’Artobus (janvier 2006), on ne peut donc plus la retarder, nous la ferons donc par téléphone.

Tes débuts dans la musique ? C’était avec Casse Pipe ?

Non. J’ai commencé la musique de façon professionnelle avec La Mirlitantouille ". En  76, avec Etienne Granjean, Pierrick Lemoult, André Maillet, Yvon Rouget, Gilda Chasseboeuf, on a formé " La Mirlitantouille ".C’était une grande formation de musique traditionnelle bretonne avec une solide panoplie musicale (accordéon, violon, guitare, mandoline, vielle, bouzouki, tin whistle…).On a gagné en notoriété et on a fait des tournées au Québec et en Europe du Nord. Et puis on a fait deux disques. Ça s’est arrêté en 81. Même si le groupe a été un peu éphémère, il a quand même marqué la musique bretonne, parce que, quand on a décidé, cette année, de reformer le groupe pour fêter les trente ans de sa naissance, on a été agréablement étonné de voir qu’il y avait de l’intérêt de la part du public actuel. On a fait des festivals cette été, on va continuer en 2006.

Et donc après « La Mirlitantouille », il y a eu Casse Pipe, dès 82 ?

Non. Avant,  j’ai ouvert un restaurant " la Perdriole " à Quessoy, dans les Côtes d’Armor mais ça n’a pas marché, j’ai alors bossé comme crêpier au " Grain de sel " à St-Brieuc. Puis, en 83, j’ai rencontré Jean Philippe Brochard, ensemble, on a créé " Bal perdu " : un duo piano-voix avec de reprises de chansons des années 30 (Oswald, Damia…) et celles de l’album « Fonds de tiroir » : disque passé inaperçu qu’Hugues De Courson avait fait à partir de textes de Patrick Modiano. D’ailleurs certaines de ces chansons sont restées dans Casse Pipe comme « la coco des enfants sages » par exemple. Avec Bal Perdu on avait d’ailleurs fait un 45-tours produit par Sony par l’intermédiaire de De Courson. Puis, en 88, c’est la fin de Bal Perdu. Et en 90, la formation de Casse Pipe et le début d’une belle aventure.

Raconte nous l’aventure Casse Pipe.

Casse Pipe a commencé par un duo avec Philippe Onfray à l’accordéon. Denis Flagel nous a demandé de faire un spectacle sur les poètes maudits pour l’anniversaire de la mort de Rimbaud, on a donc travaillé ensemble pour créer "Sur les traces de Johnny Palmer" et "Hommes de feu, chants de braise". Ça a été une expérience très enrichissante parce que ça m’a permis de découvrir, plein de poèmes, peins d’auteurs que je connaissais pas forcément.

On a donc commencé tout petit à écumer les bars en duo et comme on avait des chansons assez rock’n’roll (entre autres une reprise des Sex Pistols qu’on faisait accordéon chant), il a vite été nécessaire d’agrandir la formation. Assez vite, en 92, on a rencontré Daniel Riot qui tenait un bar cabaret près de St Brieuc : le Baracuda, et, quand il a fermé son bar, comme on savait qu’il avait un bon carnet d’adresses, on lui a demandé s’il voulait bien s’occuper de nous pour nous trouver des dates. Il se trouvait aussi, qu’en même temps, son frère, Gil Riot menait une carrière de chanteur-guitariste et il a eut envie de nous rejoindre et, dans la foulée, le batteur avec qui il jouait : Tonio Marinescu. On s’est donc retrouvé à quatre. C’est d’après une idée du comité des ProFêtes, dont s’occupait le frère de Tonio, Martin Perrault (qui s’occupe aujourd’hui des bars en Trans), qu’on a formé le quatuor. On a tourné pas mal : en salle, cabaret, festival etc…En 93, on a sorti notre premier album Chansons noires - Tome1 auto-produit et enregistré en studio dans les conditions d'un live. En 94, on crée le spectacle "Le Petit Théâtre" qu’on jouera entre autres aux Transmusicales de Rennes. Grand succès. En janvier 95, Christophe Menguy et sa basse rejoignent Casse Pipe. Et l’aventure continue

Oui l’aventure continue, et tout va de mieux en mieux. Pourtant, en 2002, trois albums plus loin, Casse Pipe se sépare. Pourquoi ?

Ça s’est terminé comme ça devait se terminer, toute histoire d’amour se termine. Et puis, il y avait une certaine lassitude, des envies personnelles de chacun des membres du groupe. On avait deux agents : un à Paris, un à Lyon : celui de Lyon a mis la clef sous la porte et celui de Paris a eut du mal à nous trouver suffisamment de dates. En 2002 on s’est donc demandé si ça valait le coup de refaire un disque sachant que ça ne suivrait peut-être au niveau de l’édition, du management.... En fait on est arrivé à un moment où on était en plein dans le début de la crise du disque. Notre label rennais Kerig a mis la clef sous la porte, et puis ce fut la crise du marché du disque. On a le dernier concert de Casse Pipe en 2002.

Mais tu as continué dans la musique ?

Oui, j’ai passé l’été en studio à faire un disque avec Christophe Menguy (guitariste bassiste de Casse Pipe) et on a remonté un groupe qui s’appelle Louis Pierre. L’album La halle au passions est sortis neuf mois plus tard, en 2003, chez Molène Musique. Maintenant on tourne dans une formule à quatre. Les textes sont de moi, de Denis Flagel, Christian Coujol, deux chansons de Jeff Gervin dont une co-écrite avec Daniel Mermet, etc…

Cet album ça a été comme repartir à zéro : on a pas de tourneur, pas de producteur, on en cherche.

Des dates prochainement ?

En ce moment, on travaille avec MC2, un collectif de chanteurs des Côtes d’Armor qui part à Paris pour le mois de Janvier, on jouera donc au sentiers des halles à Paris les 17 et 18 janvier.

Et le 9 février salle des villes Robert à Pordic. Ces concerts là sont en double plateau, on jouera donc avec Philippe Marlu, un vieil ami à moi avec qui j’ai beaucoup travaillé: il a écrit des textes pour Bal Perdu et Casse Pipe.

Un nouvel album de prévu ?

Oui pourquoi pas mais les sous manquent. Et puis après tout l’album est sortis il y a deux ans: c’est pas si vieux que ça. On a tendance aujourd’hui à considérer que les disques sont des œuvres artistiques jetables. C’est à dire que s’ils ne sont pas vendus au bout de trois mois, on les retirent des bacs des disquaires. C’est ce qui arrive, ce qui est bien dommage car ça ne laisse pas aux gens le temps de s’intéresser et de découvrir.

Pas d’album prévu,  c’est donc surtout un problème d’argent. Mais tu as des textes et des chansons en réserve?

Ah oui tout à fait. Mais on compte un peu sur la chance lors de ce voyage à Paris parce qu’il y a quelqu’un qui est embauché spécialement pour le suivi des artistes. C’est quelqu’un du métier, qui n’est pas tourneur, qui n’est pas vraiment manageur, c’est un ancien musicien parisien installé dans les côtes d’Armor qui a été choisi et payé par le Conseil général qui soutient notre collectif. C’est lui qui fera le lien entre nous et les professionnels qui seront invités au sentier des halles. 

Espérons donc que Louis Pierre trouvera un producteur et des sous pour un nouvel album. Je n’ai pas encore écouté son album mais mes souvenirs de Casse Pipe m’en promettent la qualité.

 

Article et interview par Antonin

par téléphone le 30 décembre 2005

 



La halle aux passions
, l’album de Louis Pierre, est disponible  chez Molène Musique.

Une petite sélection de liens pour mieux connaître Casse Pipe:

Le site officiel de Casse Pipe (Dernière mise à jour: 27 mars 2002)  

© L'iNTERDiT     Dossier spécial Casse Pipe (juin 1999)

A propos de Casse Pipe par MSAÏ Musique, éditeur musical (1999)